Bonjour!

C’est aujourd’hui que je vous parle de « mon » projet, ce projet que j’affectionne tant. C’est un projet sur 2 ans et demi, financé par le Programme de Coopération Climatique International (PCCI) du Gouvernement du Québec. Il implique la participation de 2 partenaires canadiens : Ouranos et GECA Environnement et 5 partenaires burkinabè : CEAS Burkina, l’Agence National de la Météorologie du Burkina Faso, la fondation Naturama, le Réseau des Productrices de Beurre de Karité des Hauts-Bassins et des Cascades (RPBHC) et la Fédération Nununa. Je reviendrais sur les partenaires dans un prochain billet pour vous les faire découvrir, mais pour l’instant il faut savoir que tout ce beau monde-là, avec leurs expertises propres, collabore ensemble pour atteindre un objectif : améliorer la résilience des femmes aux changements climatiques dans les parcs à karité au Burkina Faso. Ce n’est pas rien! C’est un projet assez innovant et très prometteur, mais avant d’appliquer la solution proposée par le projet à tout l’ensemble sur territoire national, il est mis en œuvre sous forme de projet pilote dans 16 villages distribués dans 2 régions du Burkina.

La solution proposée par le projet intervient à 4 niveaux. D’abord il y a le volet « scénarisation climatique ». C’est la portion la plus innovante du projet, car rien de tel n’a encore été fait en Afrique de l’Ouest à ce sujet. L’idée est de développer des scénarios climatiques futurs probables en se basant sur des données scientifiques, des observations locales de stations météorologiques et des savoirs locaux. À partir de ces scénarios, d’indicateurs et de seuil climatique, il est possible d’identifier les vulnérabilités de la filière et proposer des stratégies les mieux adaptées pour faire face aux changements climatiques. À terme, il sera possible d’utiliser les scénarios développés pour guider les choix de stratégies d’adaptation dans d’autres filières au Burkina Faso et même dans les pays voisins partageant le même climat.

Ensuite, il y a le volet « alternatives au bois-énergie ». Il est question ici de trouver une solution pour diminuer la coupe de bois. Une réelle menace pour les parcs à karité. L’alternative expérimentée est l’utilisation du biochar, un charbon organique produit à partir de résidus de transformation du karité, comme combustible pour remplacer le charbon de bois. La technologie de production du biochar employée est la pyrolyse et a été transférée chez un partenaire local : CEAS Burkina, avec la collaboration de GECA Environnement, un partenaire canadien. La technologie a été adapté au Burkina et nous avons maintenant une solution simple à produire qui 1) réduit l’empreinte environnementale de la production de beurre de karité et 2) est économiquement viable. En effet, le biochar coûte moins cher que le charbon de bois et peut aussi être vendu comme intrant dans l’industrie cosmétique. De plus, il est possible de fabriquer du biochar avec plusieurs types de biomasse comme les coques d’arachides, les balles de riz, les coques de noix de coco. Il y a donc un potentiel immense avec cette technologie pour réduire considérablement l’utilisation du bois et la réduction des déchets.

Troisièmement, il y a le volet « pratiques agro-sylvicole adaptées » avec la participation de la fondation Naturama, les membres des coopératives de production de karité participants au projet ont appris des techniques pour le greffage du karité, la production de karité en pépinière et aussi les techniques de régénérescence naturelle assistée. Les femmes sont maintenant plus outillées pour soigner et protégé l’arbre a karité et donc augmenter la productivité dans les parcs à karité. De plus, les plants de karité produit en pépinières sont très prisés par le gouvernement et les ONG qui œuvre dans la reforestation. C’est plant, en plus d’assurer la restauration des parcs à karité, apportent un revenu supplémentaire. Aussi, dans les bonnes pratiques, il est conseillé d’installer des ruches dans les parcs pour la pollinisation. Ce à quoi le projet participe et qui permet d’accroître les sources de revenus des ménages agricoles.

Finalement, le dernier volet, et non le moindre, est celui du leadership des femmes.  90% des producteurs de karité sont des femmes au Burkina Faso. Ce sont avec elles que le CECI travaille directement, mais c’est la communauté au complet qui doit prendre conscience des enjeux de genres en contexte de changements climatiques. Ce sont les femmes qui y sont les plus vulnérables et elles ont besoin de l’appui des membres de leurs communautés. À travers l’approche de la masculinité positive, le CECI travail à faire des chefs traditionnels, des élus locaux et des maris, des alliés dans le renforcement économique des femmes et dans la lutte pour l’égalité des sexes. Les femmes qui participent au projet jouent un rôle très important dans la diffusion des connaissances et compétences acquises. Elles ont le pouvoir de mobiliser les autres membres dans cette lutte aux changements climatiques et pour une plus grande résilience économique. Les formations que le CECI donne sont très appréciées et les femmes en demandes plus. Elles voient l’impact de l’approche de la masculinité positive dans leur communauté et souhaites que tous y aient accès. Elles apprennent aussi à avoir davantage confiance en elle et se sentent capable de participer à la mobilisation. C’est super de recevoir ce genre de témoignage.

J’ai encore beaucoup à vous raconter sur ce projet, mais je continuerais dans un prochain billet. La prochaine fois je vous parlerais un peu plus des partenaires qui rendent tout ça possible.

À bientôt!

Emmanuelle