Pourquoi le volontariat ? C’est une question qu’ont m’a posée très souvent ces derniers temps. C’est bien simple, je vous explique. Bien malins auront été mes proches qui auraient deviné qu’un jour j’allais me retrouver en Haïti comme coopérant volontaire. Ceux qui me connaissent le savent, je suis profondément amoureux de ma patrie, de ma province, de mon Lac St-Jean natal. Je fais partie de ceux qui croient qu’il est primordial, malgré l’affection que l’on peut porter pour sa terre, de la délaisser quelque temps pour voir le monde, s’enrichir, rencontrer, ouvrir ses horizons. Sortir pour confronter son identité, la cristalliser. Prendre du recul sur sa société, la percevoir tout autrement, la penser différemment. Pour ensuite y revenir, tenter du mieux qu’on le peut de lui offrir autant qu’elle nous aura offert.

Alors pour moi il n’y avait mieux pour répondre à ces aspirations qu’Haïti, un pays qui ne laisse personne indifférent, un pays où derrière ses difficultés, ses catastrophes naturelles ou sa pauvreté se cache un peuple des plus résilient, des plus fier, un peuple patient, un peuple uni. Avant de m’y rendre, je savais que j’allais apprendre beaucoup. Je veux être clair, je ne m’y suis pas rendu d’un élan de bonté envers mon prochain comme missionnaire post colonial, j’y suis allé pour moi, pour vivre, comme je l’ai dit, une expérience personnelle. D’ailleurs, je suis toujours réticent envers mes proches qui me félicitent pour le geste. Je ne considère pas avoir accomplit quoi que ce soit, mais bien travailler avec un autre peuple et non pas pour eux. De là l’importance du terme «coopérant». Les Haïtiens m’en auront probablement plus appris que l’inverse. Ainsi, j’aurai certainement gagné mon pari de vivre une expérience sans précédent. Cependant, j’aurai été fort étonné par les constats que j’aurai pu y faire tout au long de mon investissement. Avant même de partir, selon le cliché, j’eus certainement cru que j’allais en apprendre sur moi. À s’intégrer à une autre culture difficile d’envisager autrement. Vous savez, pendant qu’en Occident la question identitaire anime les débats politiques depuis plusieurs années, j’étais curieux de connaître comment allait se dérouler mon intégration en tant que minorité visible.

 

Lorsque je mentionnais que j’allais apprendre à mieux me connaître, c’était vrai, mais pas comme je l’avais anticipé. Ce que je n’envisageais pas, c’est que j’allais avant tout mieux me connaître en tant que Québécois, en tant que citoyen d’un autre peuple. J’aurai compris qu’au premier contact, les gens ne font pas affaire avec un individu à part entière, mais bien avec une autre société. Ils ne voient pas vos défauts personnels ni vos qualités mais remarquent avant tout ce qui caractérise les traits saillants de votre société d’appartenance. Le miroir qui est dans leur regard ne vous renvoie pas votre image personnelle, ce qui vous différencie au sein même de votre famille ou vos amis, mais bien ce qui vous distingue de leur peuple. Et vous savez quoi ? Ça m’a rendu fier. J’ai été flatté de voir que mes plis personnels rejoignaient les autres québécois qu’ils avaient connus, j’étais intéressé d’apprendre que, selon eux, nous les québécois sommes compliqués et j’étais flatté d’apprendre que nous sommes avant tout chaleureux. J’ai pu comprendre aussi que nous avons une soif incessante, presque obsessionnelle, d’équité. N’essayez jamais de profiter ou de berner un Québécois, vous n’y gagnerez jamais. Probablement les effets d’une des sociétés les plus égalitaires au monde. Dans une ère où, selon nos élites politiques, le multiculturalisme est la vertu de référence et quasi essentiel à l’ouverture sur le monde et où l’on dépeint le nationalisme identitaire comme un repli sur soi qui érige des barrières entre les peuples, je ne me serai jamais autant sentit en connivence à une autre culture qu’en partageant notre musique respective ou encore en échangeant sur notre histoire. Pour ce faire, j’ai choisi de demeurer québécois à part entière pendant les quatre mois de mon mandat, c’était mon choix, pas le meilleur, mais le mien. Non pas par fermeture d’esprit, au contraire, j’ai vibré à en apprendre plus sur leurs coutumes. Par contre, pour moi, par respect pour leurs traditions, leurs coutumes et leur manière de vivre, j’étais davantage fidèle à mes valeurs et aux leurs en évitant de risquer, l’instant de quelques semaines, de devenir une caricature d’eux-mêmes en adoptant certains de leurs comportements : leur mémoire est trop sacrée pour un emprunt de passage. Il y a trop de choses que je ne peux saisir pour jouer dans leur film. Je ne suis pas immigrant mais visiteur, c’est différent. J’ai appris beaucoup des Haïtiens, je me suis enrichi, mais pour l’absorber, j’ai préféré l’adapter de facto aux acabits de ma terre natale. Les Haïtiens se connaissent bien, ceux avec qui j’ai discuté savent ce qui va ou ne va pas avec leur peuple et ces réflexions sont la plupart du temps partagées. Ils sont consciencieux oui, mais ils savent aussi qu’ils sont tous responsables de quelque chose de plus grand qu’eux. Il y a là toute une richesse dans la rencontre de deux identités distinctes, mais encore, il y a une nécessité que ces deux identités soient capables d’introspection. J’ai été impressionné par la lucidité de leur conscience collective. Ils connaissent leur histoire et savent l’interpréter. Tout ca aura été mon leitmotiv, la façon de me sentir le plus authentique, le plus apte à échanger, rester moi même, demeurer ouvert, demeurer québécois. C’est ainsi que j’aurai pu voir ce que nos particularités avaient en commun, lesquelles s’agençaient. Parce que ce serait utopique de croire que nous pouvons rouler dans la même direction à une vitesse commune. Cependant, en cours de route, nous pouvons toujours nous arrêter au même endroit. Peut-être pourrons nous échanger le repas…

 

Je dirais que la plus belle carte de visite qu’aurait un étranger au contact d’une autre culture, ce qu’il aurait de plus beau à offrir, serait d’être fier de qui il est et d’où il vient, d’avoir envie de le partager, car ce sera dans cette mise en commun que vous tisserez certainement les liens les plus fort. Ceux qui forgeront le rapport entre deux membres de nations. Suis-je citoyen du monde ? Je ne crois pas. Par contre, je fais partie d’un peuple qui a tout pour se permettre de crier au monde entier qui il est. Au final, ce qui fait la beauté de la chose, c’est qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de s’intégrer, il suffit de trouver sa recette. Je peux dire que Haïti m’aura permis de découvrir la mienne, espérons que je retrouverai les mêmes ingrédients ailleurs…