En ce samedi 4 juillet, ma journée a été si remplie d’aventures malencontreuses que j’aurais probablement pu remplir un album de Gaston Lagaffe complet. Tout a commencé à mon retour de La Paz, vers 4h de l’après-midi. Comme probablement peu d’entre vous le savent, le Pape François va venir en Bolivie ce 8 juillet. Ici, il est très dur de ne pas tout savoir de cette visite puisque son annonce tapisse toutes les affiches et les murs de La Paz et de l’Alto réunis. Enfin, en raison de la venue du Pape, les autorités ont décidé d’effectuer une pratique de trancadero, donc  de blocage de rue. De ce fait, le mini-bus que nous avons pris pour remonter à l’Alto a dû emprunter la vieille route ce qui, en plus de nous rallonger, a augmenté le coût du transport. En outre, en raison du trafic, nous avons dû quitter plus tôt et marcher le reste du trajet. De la même manière qu’une file d’attente se met en branle dès que tu la quittes, le trafic a soudainement bougé dès que nous avons quitté le véhicule. Point positif, car il y en a toujours un, la vue que nous avions sur les montagnes était magnifique. Une fois finalement arrivés à la Ceja, un peu à bout de souffle, j’ai quitté Pedro et Andrée-Anne pour rentrer seule à la maison. À cause du même trancadero mentionné plus haut, il n’y avait aucun moyen de transport sur le pont là où je prends normalement mon mini-bus. Tout de même, au début, pleine d’espoir, je scrutais chaque  véhicule qui réussissait à passer le blocage policier à la recherche d’une affiche indiquant Plaza La Paz. J’ai vite dû me rendre à l’évidence. Il me fallait me rendre à Chakaltaya où peut être, en jouant du coude, je pourrais trouver le mini-bus tant convoité. J’ai donc marché avec des centaines de gens en direction de Chakaltaya. Il y a quelque chose d’apaisant dans le fait de se déplacer en masse dans une même direction. Ce doit être l’effet de troupeau, j’imagine. Une fois rendue à Chakaltaya, mes espoirs se sont vus réduits à néant. Sachant que je devais rentrer le plus vite possible si je ne voulais pas marcher à la noirceur ce qui, apparemment, est quelque chose d’assez dangereux à l’Alto, j’ai dû me résigner et prendre un taxi. 20 bolivianos pour se rendre à Plaza La Paz. Après avoir vécu un mois en bolivie, j’avais conscience que ce prix était trop élevé. J’étais cependant au point où je m’en fichais royalement. Je suis donc entrée, ne sachant pas que le pire restait toujours à venir. En effet, deux cents mètres plus loin, le chauffeur s’est arrêté, s’est retourné vers moi et m’a dit «No hay paso». Je devais donc descendre puisque la route était bloquée par une parade. En soi, ce fait ne m’aurait pas tant dérangé si le chauffeur ne m’avait pas tout de même exigé les 20 bolivianos. J’ai donc dû lutter bec et ongles pour qu’il me laisse sortir en payant seulement un peu plus de la moitié du tarif initial, soit treize bolivianos, ce qui était tout de même trop cher payé pour deux cents mètres. Le pire reste sans aucun doute le regard qu’il m’a lancé au moment de sortir. Il savait qu’il m’avait trop chargé et je le savais aussi. En même temps, je n’ai pas pu rester longtemps fâchée puisque toute mon attention s’est concentrée sur la parade qui avait lieu dans la rue juste à mes côtés. La musique d’orchestre, les cholitas dansant avec leurs polleras aux multiples couleurs et les hommes dansant, se saluant et tenant tous une bière à la main était un spectacle assez intéressant pour accaparer tout mon esprit. Voulant prendre des photos de ce spectacle fascinant, je me suis aventurée dans chaque petite tienda pour essayer de trouver les batteries qui faisaient cruellement défaut à ma caméra. Les premières que je me suis procurées ne fonctionnaient pas. J’ai donc dû retourner une deuxième fois pour en acheter d’autres puisque, évidemment, comme j’avais ouvert le paquet, je n’étais pas éligible à un remboursement où un échange. De toute façon, je ne crois pas que ces notions d’échange ou de remboursement existent en Bolivie. Après m’être contentée de la parade, j’ai voulu prendre un mini-bus. Après que le chauffeur m’ait affirmé qu’il se rendait à Plaza La Paz, je suis entrée, soulagée de pouvoir enfin rentrer après toutes ces mésaventures. Et non. Je n’étais pas encore au bout de mes peines. J’ai vite remarqué que la voiture se déplaçait en sens inverse de l’endroit où je voulais me rendre. Je n’ai pas compris la destination finale de ce mini-bus, mais la dame à mes côtés m’a clairement fait comprendre que je ne me rendais pas à la Plaza La Paz. J’ai donc quitté ce mini-bus (qui au moins ne m’a pas chargé le 50 mètres de déplacement) et j’ai pris la sage décision de ne plus prendre de transport et de marcher. Avec une magnifique vue sur les montagnes enneigées, il y a pire dans la vie. Au bout d’une vingtaine de minutes, je suis finalement arrivée à destination. Au final, j’ai mis pratiquement trois heures pour rentrer de La Paz jusqu’à la maison de Doña Cristina alors que normalement en une heure, parfois un peu moins, je peux me rendre d’un endroit à l’autre.

Il y a longtemps, j’ai appris à mes dépends que les imprévus font partie intégrale du voyage. Être en pays étranger c’est aussi s’ouvrir à toutes les mésaventures qui peuvent survenir. Par ailleurs, ces déboires font souvent les meilleures anecdotes et permettent de découvrir des choses pour lesquelles on ne se serait probablement pas arrêté en temps normal. Je ne regrette donc rien de ma journée et, si c’était à refaire, je referais probablement tout de la même manière. À part l’épisode du taxi. Ce moment n’a vraiment rien apporté à ma journée à part le sentiment de m’être fait avoir ce qui n’est pas particulièrement agréable.