Le Pérou est un pays fascinant tant pour les différentes variétés de cacao qui s’y trouvent que pour les nombreux chocolats fins qui y sont produits. Grâce à la délégation d’affaires québécoise organisée par Uniterra, j’ai reçu, comme mes collègues, une invitation pour participer au Salón del Cacao y el Chocolate à Lima. C’est en visitant le Salon que l’on comprend vraiment l’importance du Pérou en tant que pays producteur de cacao et de chocolat.

Une grande section du Salón présentait des coopératives productrices de cacao de différentes régions péruviennes. Certaines de ces coopératives produisent aussi du chocolat ou des produits dérivés du cacao. Dans la deuxième salle, les chocolatiers étaient à l’honneur. Le Pérou compte plusieurs excellents chocolatiers-pâtissiers (Dreams of Eva, Rosalen, etc.) et une douzaine de chocolatiers bean-to-bar dont Cacaosuyo, Maraná, Q’uma et Shattell. La plupart d’entre eux sont apparus dans les trois dernières années.

Au Salón del Cacao y el Chocolate Perú, à Lima Au Salón del Cacao y el Chocolate Perú, à Lima Crédits photos: Isabella Geddes

International Chocolate Awards – Ronde péruvienne

Pour la deuxième année consécutive, Le Salon était l’hôte de la ronde péruvienne des International Chocolate Awards (ICA). En discutant avec les organisateurs principaux, Maricel Presilla et Martin Christy, j’ai compris que cette ronde ne fait pas officiellement partie des ICA. Elle a été créée à la demande des organisateurs du Salón del Cacao y el Chocolate, qui voulaient mettre de l’avant le talent des chocolatiers locaux et ainsi leur donner une motivation pour s’améliorer constamment. 

Juges aux International Chocolate Awards Juges aux International Chocolate Awards Crédits photos: Isabella Geddes

Parmi les pays producteurs de cacao, rares sont ceux qui fabriquent beaucoup de chocolats fins. Les fèves de cacao sont la plupart du temps exportées vers des pays – généralement du Nord – qui en font la transformation. Cela est dû à des raisons historiques qui remontent au temps de la colonisation (1). La réalité est en train de changer au Pérou depuis quelques années (2), dans la foulée d’un mouvement de redécouverte du patrimoine gastronomique national (3). De plus, le cacao est la culture qui a été choisie pour remplacer la coca dans des régions qui étaient aux prises avec la pauvreté et la violence à cause du narcotrafique. Le Pérou occupe ainsi une place particulière au sein des pays producteurs de cacao. D’ailleurs, cette année, Maricel et Martin ont reçu 70% plus d’entrées que l’an dernier pour les International Chocolate Awards!

Isabella et moi avons eu la chance de faire partie du jury avec les représentants de Chocolats Monarque, Daniel et Alcina. Nous avons goûté un grand nombre d’échantillons de tous les types: noirs, laits, blancs, bouchées chocolatées, tartinades, etc. Il est vrai que tous les produits n’étaient pas de la même qualité, mais plusieurs sortaient du lot et auraient pu faire compétition au niveau international. D’ailleurs, certains chocolatiers bean-to-bar comme Cacaosuyo, Maraná et Shattell ont reçu des prix dans la ronde Americas / Asia-Pacific des ICA, tenue en mai 2016 (voir mon infolettre de juin dernier pour plus d’informations).

Remise de prix ronde Americas & Asia-Pacific Remise de prix des International Chocolate Awards, ronde Americas & Asia-Pacific Crédits photos: Isabella Geddes

J’ai bien l’intention de continuer à suivre la scène du chocolat au Pérou, en particulier celle du chocolat bean-to-bar. Elle est pleine de promesses et nous réservera de belles surprises! Mon prochain article portera justement sur l’un des chocolatiers bean-to-bar prometteurs.

Notes:

  1. Comme le mentionne Martin et Sampeck (2015), c’est malheureusement encore souvent le cas aujourd’hui: « The longstanding disjuncture between producers and consumers is highlighted by the consumption of producers: even though Africa is world’s biggest producer of cacao, it is also the smallest per capita consumer of chocolate (3% of the world total).
  2. Le pays ne consomme actuellement que 500g de chocolat par personne par année, une moyenne très basse comparée à celle de la Suisse (19,8 livres) ou encore des États-Unis (9,5 livres) (McCarthy, 2015). Francisco Riva, de la Asociación Peruana de Productores de Cacao (APPCACAO), prévoit toutefois que ce chiffre doublera au cours des deux prochaines prochaines années grâce à un travail d’éducation réalisé auprès des consommateurs (Agraria.pe, 2016).
  3. Francesca Valdivia (Q’uma Chocolate), correspondance personnelle.

 

Références

Agraria.pe (6 juin 2016) « Consumo per cápita de chocolate en Perú se duplicaría en dos años » Agraria.pe, page consultée le 14 août 2016.

Martin, C. et K. Sampeck (2015) « The bitter and sweet of chocolate in Europe« , Socio.hu: The Social Meaning of Food: Special Issue in English No. 3, Institute for Sociology, Centre for Social Sciences, Hungarian Academy of Sciences, 37-60.

McCarthy, N. (2015) « The World’s Biggest Chocolate Consumers [Infographic]« , Forbes, page consultée le 14 août 2016.