Bonjour ! La chaleur est intense à Fouta où se trouve la région de Matame, près​ de St-Louis. Quand je suis arrivé au Sénégal, on m’a parlé de plusieurs thématiques que j’ignorais de Dakar. Une fois arrivé à Fouta, j’ai fait face aux réalités dont on parlait dans ma formation pré-départ: mariage précoce, excision des femmes et le manque d’éducation sexuelle (sida, préservatif, avortement clandestin, etc). La radio est un outil important de communication pour éduquer la population sur les réalités et les impacts de leurs décisions par rapport à leurs pratiques et leurs coutumes. J’ai dû véhiculer de l’information importante et très délicate à des religieux, des marabouts et des jeunes de divers villages de Fouta.

L’important, c’est de ne pas juger ce qui est bien ou ce qui est mal; c’est à Dieu de le faire. L’important, c’est d’expliquer les effets sur la santé et de sensibiliser le peuple sur les risques que comportent certaines pratiques qui peuvent conduire à la mort.

Il règne au Sénégal une spiritualité qu’apprécient les croyants peu importe leur religion. En tant que croyant, vous aurez une compréhension plus approfondie sur le mode de vie sénégalais qu’une personne athée. Pendant mes formations, les religieux vont toujours répondre en commençant leur phrase par : « D’après le Coran….. ». J’ai constaté qu’il y a beaucoup de passages coraniques qui se retrouvent dans la bible et que l’ancien testament de la bible fait partie de la Torah, le livre sacré des Juifs. Le message à la base est le même, ce sont les interprétations qui varient.

Dans le Coran il y a la Charia, les lois religieuses Islamiques, et la Sunna, des recommandations (non obligatoires). Les « halpoulards », ethnies des Peuls et des Toucouleurs, partageant la culture en particulier pour la langue et les traditions, pratiquent l’excision des femmes. Selon le Coran, le Prophète Muhammad a vue des femmes pratiquer l’excision et leur a dit : “Si vous voulez le faire, retirez 1/3 (du clitoris)seulement”. D’après l’interprétation des halpoulards, vu que le Coran n’interdit pas la pratique, l’excision se veut acceptable à condition de ne retirer qu’ 1/3 du clitoris. Un des marabouts que j’ai rencontré à Fouta m’a parlé d’une américaine qui était contre l’excision chez la femme et qui a dénoncé la pratique en appelant la police. La femme sénégalaise qui pratiquait l’excision s’est fait arrêter et a été mise en prison. Sa sentence, qui était supposé durer 6 mois a été réduite étant donné les manifestations des marabouts et acteurs religieux du coin devant le commissariat. Quelques semaines plus tard, la femme a été libéré.

Les lois Islamiques dirigent encore le pays; ils mettent la parole de Dieu en action. Il fut un temps où l’Amérique et l’Europe vivaient aussi sous les lois de la parole de Dieu. La population des jeunes sénégalais s’attache moins aux coutumes ancestraux, donc avec le temps, certaines traditions disparaîtront. La solution qu’envisagent certains sénégalais est la suivante : il faut un recours à l’excision médical pour éviter des cas de maladie et de mort. Encore faudra t’il que cette pratique soit légale, ce qui n’est pas le cas.

Certes, ma responsabilité est de renforcer les capacités des radios communautaires et de les aider à gérer certaines thématiques. Je partage avec vous ce que j’ai appris, car en tant que formateur étranger, j’apprends autant que je partage ces nouvelles trouvailles.