Paola Sánchez, psychologue formée à l’Université Catholique de Bolivie « San Pablo » à La Paz, était séminariste au 71e Séminaire International tenu en Bolivie. Elle a partagé son expérience académique et professionnelle sur la violence de genre dans notre pays.

Tout au long de ses études, elle s’est intéressée à des sujets concernant la question de la violence de genre à un niveau théorique, mais pendant une partie de sa formation, elle a pu réaliser un stage encadré dans la prison de femmes d’Obrajes, à La Paz, où elle a appris comment cette institution pénitentiaire avait ses propres règles.

Par exemple, là-bas, « les femmes doivent organiser et cuisiner tous leurs repas, ce qu’elles appellent ranchos, tandis que dans la prison pour hommes, ils ont du personnel qui cuisine pour eux ». Parmi d’autres différences, les femmes ne peuvent pas avoir de visites conjugales, tandis que dans les prisons d’hommes ceci est possible. Une autre difficulté rencontrée par les femmes emprisonnées est l’éducation de leurs enfants « J’ai vu que dans la prison d’Obrajes, il y a plusieurs enfants : ceux des dames qui étaient enceintes, et qui ont accouché dans la prison, et aussi ceux qui sont avec elles parce que dans de nombreux cas, même si le père est en liberté, il ne peut pas garder les enfants et donc les mères obtiennent la garde. On assume que puisque c’est elle la mère, c’est à elle de prendre soin des enfants et de les élever ».

Très intéressée par le sujet du corps des femmes, Paola en profite pour développer son mémoire de licence, en utilisant la théorie de la violence symbolique du sociologue Pierre Bourdieu, sur la manière dont le corps des femmes constitue une sorte de capital sur le marché du pouvoir masculin. Pour cela, elle s’est entretenue avec des mannequins et des étudiants universitaires de son âge et, à partir de leurs commentaires, elle a défini comment les filles acceptent de nombreuses conceptions esthétiques, tant idéales que pratiques, et quels sont les effets de cette violence symbolique : favoriser la compétition entre les femmes pour voir qui a le plus de capital. Cela a été réaffirmé dans le fait que les jeunes femmes ont dit qu’elles ne connaissaient pas exactement la raison pour laquelle elles agissaient de cette manière.

Paola a également fait une spécialité en psychologie sociale communautaire. Son stage a été fait à la Fondation La Paz, une organisation qui travaille principalement avec des adolescents et des enfants des arrondissements de la Ville. Elle s’est impliquée dans un projet qui tentait d’établir un espace sûr dans le quartier de Villa Armonía, plus précisément à la place El Minero. Cette idée de consolider la création d’espaces sûrs contre le harcèlement dans la rue est née d’ONU Femmes. En effet, les filles du quartier affirmaient que leur façon de s’habiller, ou le fait de marcher toutes seules à certains moments de la journée se traduisait en harcèlement de la part des hommes. « Ensuite, nous pouvons voir que profiter et utiliser des espaces publics urbains, tels que les places, varie en fonction du genre de la personne. De nombreux endroits qui seraient agréables pour les jeunes hommes et où ils peuvent être tranquilles et s’amuser ont une image négative pour les filles, elles pensent qu’elles ne peuvent pas y être seules, il faut toujours qu’elles soient accompagnées».

Notre interlocutrice a rappelé que toutes les femmes ont des expériences similaires à raconter: «Elles doivent réfléchir à leur façon de s’habiller, à quelles rues traverser, à quel transport public prendre avant de le faire. Elles limitent les comportements quotidiens qui ont pour origine cette idée de la femme en tant qu’objet, qui est plus faible et dont la vie ne vaut pas la même chose. Voilà ce que j’ai pu conclure et ce que j’ai pu voir dans tous ces cas. »

La Bolivie a l’un des taux de féminicides les plus élevés dans la région de l’Amérique du Sud et Central. D’après son expérience et analyse, cette situation « s’accompagne d’une conception selon laquelle une femme est un objet de possession, car un grand nombre de ces crimes surviennent dans des relations amoureuses. Les places que la structure sociale machiste leur attribue déterminent la place qu’aura une femme dans la relation et l’emplacement que l’homme aura devant la femme ».

Comment modifier ces scénarios? Inculquer aux enfants une vision libre des rôles fixes serait une option, avec des chansons d’enfants, par exemple ; des chansons qui les rapprochent à d’autres réalités possibles et qui encouragent les familles à développer des espaces de discussion pour débattre de la validité de tel ou tel discours, et à propos de notre position en tant qu’êtres humains. Certaines institutions de la Ville font aussi la promotion des ateliers de réflexion sur la masculinité, où les hommes doivent repenser leurs croyances et leurs discours sur les femmes et les rôles dans lesquels elles ne veulent pas être cataloguées, et qui sont ancrés depuis l’enfance.

Pour terminer, Paola a partagé cette réflexion : c’est un procès des choses que tu traverses dans la vie, et je remarque tout cela parce que je l’ai expérimenté. Je crois que c’est très important de se poser des questions et de se voir en tant que personne devant les autres femmes et les hommes afin de choisir les choses qui nous font du bien. Il ne faut pas choisir la culpabilité ou le ressentiment parce qu’à la fin, ce sont des choses qui sont difficiles à porter. »

Femmes qui habitent à Puerto Pérez, dans les alentours du Lac Titicaca