Quelques jours après l’acceptation finale de mon poste en Haïti, il y a cette petite dame qui m’écrit. Bonjour, je m’appelle Chantal. Je suis responsable des ressources humaines, c’est moi qui s’occupe de ton bien-être et de ton adaptation en Haïti… ….Je serai la grand-mère qui brandit sa pancarte à l’aéroport à t’attendre… Bon, elle n’était pas à l’aéroport mais elle m’attendait sagement à la maison des volontaires. Quand je l’ai vue…. Elle n’a pas du tout l’air d’une grand-mère. Toujours souriante et prête à faire l’impossible pour faire sourire les autres. Dès les premiers instants, elle était là pour m’accompagner dans les démarches, me guidant comme une maman, une grand-maman, le ferait. Elle est là pour veiller sur notre sécurité.

Arrivée aux Cayes nous n’étions que nous deux comme volontaires. Nous habitions la même maison. Tant de soupers que nous avons partagés sur le balcon ou dans notre petit resto sur le bord de mer ! Nos petites soirées à papoter. Nous nous sommes tout de suite bien entendues. On a appris à connaître nos familles respectives par les photos, les discussions que nous avions sur eux. Je connais très bien ses enfants sans les avoir rencontrés. Nous avons découvert nos passions, nos intérêts, nos envie, nos rêves. Mais sérieusement, comment ne pas bien s’entendre avec Chantal ?

Mais comment ne pas bien s’entendre avec tous ces gens. Ces gens si gentils et si accueillants. Bien-sûre que je parle aussi des employés locaux. Nous avons bâti notre famille, notre famille UNITERRA dans le Sud d’Haïti. Les relations se créent, se soudent, un véritable sentiment d’appartenance est en train de se construire. Pour bien s’adapter à un endroit il est nécessaire de pouvoir créer ces liens dont je parle. Ces liens que l’on crée, nous changent car nous sommes rassemblés ici dans le même objectif, celui d’aider et de faire partie de quelque chose de durable, quelque chose de plus gros. C’est ce but qui nous rejoint tous ensemble et qui aide à notre unicité. Nous sommes là pour nous soutenir, nous écouter, nous parler dans les bons et les moins bons moments. Probablement que ces relations n’auraient pas été de cette nature dans un autre contexte, mais là, voici comment, chacun à notre manière, nous avons influencé la vie de l’autre.

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Mais le volontariat c’est aussi la réalité d’un passage. Nous sommes de passage dans la vie des autres. Plusieurs d’entre vous se diront que ça ne vaut pas la peine, je ne reste pas longtemps, alors pourquoi mettre des efforts à créer une relation. Que de toute façon vous quitterez sous peu, que les gens ne sont pas réellement intéressés. Ma mère m’a toujours dit : ma petite fille, pour vivre de grandes joies il faut aussi risquer de vivre de grandes peines. J’adore ça, de cette façon je vis toujours pleinement mon moment présent et je profite de tous les beaux cadeaux que la vie m’apporte. Alors je vous dis : Il faut oser, oser se mettre en déséquilibre pour rencontrer l’autre. L’autre dans sa différence, dans sa similitude. Vous allez grandir dans ces relations. Ces personnes qui sont là, qui veulent vous aider à connaître le pays, qui veulent connaître le vôtre. Ils ne s’y prennent pas toujours de la bonne façon, ça peut faire des frictions. Il peut y avoir un choc des cultures mais ce sont aussi ces relations passagères qui vous amènent à d’autres réflexions, à voir la vie avec des lunettes d’une autre couleur que celles que vous portez déjà.

Eh bien, maintenant Chantal est partie. Nous avons souligné son départ par une petite fête surprise. Tous ont mis la main à la pâte ! C’est ça une famille, non ! Elle était émue notre Chantal. Chacun à notre façon nous avons souligné l’apport incroyable qu’elle a eu dans cette équipe, dans ce projet, dans cette famille.

Haïti c’est maintenant chez moi, avec une famille adoptive. Lorsque je parle de mon pays, je parle d’Haïti. Bon, je parle aussi de mon pays le Québec ! 😉 ne vous en faites pas. Et un jour, ce sera moi qui partirai de chez nous…. Pour revenir chez nous !

#mercilavie