La fin de la deuxième guerre mondiale était un terreau fertile pour l’élaboration et l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme.  En décembre 1948, le travail acharné des Nations Unies s’est vu récompensé par l’adoption en assemblée générale de ladite déclaration.  Bien qu’ayant aucune portée juridique la déclaration universelle des droits de l’homme demeure une valeur forte puisqu’elle constitue l’idéal commun à atteindre.

À son article premier  la déclaration stipule que «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.  Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité».  Malheureusement, force est de constatée que malgré l’existence d’instruments et de déclarations,  les femmes continuent d’être discriminées.

La Convention sur l’élimination de  toutes formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée en 1979, renforce les principes d’égalité des droits et du respect de la dignité humaine afin que les femmes puissent participer à la vie politique, sociale, économique et culturelle au même titre que les hommes.  Pour ce faire, le rôle traditionnel de l’homme dans la famille et la société doit évoluer autant que celui de la femme si nous voulons parvenir à une réelle égalité entre les femmes et les hommes (EFH).

En plus d’avoir adopté la Déclaration et la Convention citées ci-haut le Burkina Faso  renforce l’importance de l’égalité et la prohibition des différentes formes de discrimination dans sa constitution.

Mais pourquoi, à la lumière de tout ces éléments, est-il encore essentiel de discuter d’égalité entre les femmes et les hommes?  Pourquoi discuter d’égalité avec les étuveuses de riz, secteur d’activité essentiellement féminin?

Bien que le secteur d’activité soit actuellement réservé aux femmes, il est essentiel que le Projet d’appui aux étuveuses de riz (PAERIZ), l’Union nationale des étuveuses de riz du Burkina Faso (UNERIZ) et le Comité interprofessionel du riz du Burkina (CIR-B) se familiarisent avec les différents enjeux et défis pour la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la filière avant de prendre part à l’élaboration d’un plan d’action en la matière car le caractère féminin de l’activité n’est pas garant de la réduction des inégalités dans les rapports homme/femme.

 

Tout d’abord, avant qu’un projet soit mis en place, il est important d’évaluer correctement les impacts de celui-ci sur l’environnement des femmes.  Est-ce que les charges des femmes se verront accrues ou réduites?  Est-ce que les inégalités dans les rapports avec les hommes diminueront?  Plusieurs questions essentielles à se poser.  Si cette analyse n’est pas faite préalablement, il est possible que les impacts ne soient pas ceux que le projet visait.

Mariam et Salimata, étuveuses de rizLa société évolue tout comme les rapports sociaux.  En fermant les yeux un instant pour se remémorer la vie de nos grands-parents, il est facile de prendre conscience que l’évolution existe et que celle-ci est dynamique.  Pour mieux comprendre les inégalités dans les rapports femmes-hommes et de la manière dont la société les perpétue, il est indispensable d’analyser quelles sont les valeurs, les normes et les croyances qui sous-tendent ces rapports d’inégalité.  Une fois cette analyse faite, il s’agit de voir quelles sont les institutions qui les perpétuent  et de travailler avec ces dernières afin que leurs comportements changent.

 

À l’issue de cela, les participantes et les participants ont établi un état des lieux sur la situation des femmes étuveuses au sein de la filière en mettant leurs lunettes genre qui permet de toucher à six enjeux essentiels : la participation, la représentation, l’accès et le contrôle, le renforcement de capacités, les capacités institutionnelles des organisations et l’ouverture des hommes.  Le constat est que bien des éléments font obstacles à une véritable égalité entre les femmes et les hommes dans la filière riz d’où l’importance de poursuivre les actions dans ce sens.  De plus, il ressort qu’il est essentiel de travailler sur les intérêts communs pour les femmes et les hommes.Seydou Savadogo, producteur de riz - Banzon

Des exercices dynamiques ont amené les participantes et les participants à des réflexions riches.   La division sexuelle du travail a été abordée.  Celle-ci se réfère à la répartition des tâches en fonction du sexe.  La société a tendance à attribuer des rôles spécifiquement aux femmes et aux hommes, cependant l’éducation et les crises modifient les rôles établis.  Par exemple, lors de la crise économique de 2008 qui toucha fortement les producteurs de paddy qui n’arrivaient pas à écouler leurs produits sur le marché, les femmes se sont mobilisées pour sauver les récoltes et ont ajouté une plus value au produit en le transformant en riz étuvé.  Dès lors, les femmes ont commencé à s’organiser et à jouer un rôle plus important au sein de la filière riz.  Cependant leur apport n’est pas considéré à juste valeur et leur travail est pénible et fastidieux, trop souvent peu valorisé.

Les femmes étuveuses doivent renforcer leur présence dans les instances décisionnelles de la filière tout en s’assurant que leurs capacités soient renforcées et qu’elles aient accès aux matériels adéquats, dont la matière première, à prix abordable.  Pour cela, elles doivent compter sur l’appui des institutions et l’ouverture des hommes.

 

Plusieurs pas ont déjà été fait en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, mais d’autres demeurent à faire.  Malgré les contraintes qui existent, plusieurs opportunités se présentent pour les femmes étuveuses du Burkina Faso, comme :Kindo et Lizeta, étuveuses de riz

  • L’existence de politiques favorables à l’épanouissement de la femme
  • Le nombre et le niveau d’instruction et de formation de plus en plus élevés des femmes
  • Les appuis des projets et programmes au profit des femmes
  • L’éveil des consciences au niveau national et international sur la contribution des femmes au développement économique et social
  • L’intérêt du gouvernement par rapport à l’agriculture, à la filière riz (souveraineté alimentaire)
  • L’existence des faîtières au niveau national

 

L’égalité entre les femmes et les hommes ne signifient pas que les femmes doivent être pareilles que les hommes, mais bien qu’elles aient accès aux mêmes choses et aient les mêmes opportunités et choix que les hommes.  L’égalité ne peut se faire que dans le respect mutuel et dans la reconnaissance de l’importance de l’apport du travail de chacun.  En somme, l’égalité entre les femmes et les hommes est l’affaire de tous!