Épouse, mère, animatrice sociale, productrice de riz et transformatrice, madame Ndèye SARR est aussi une femme engagée socialement, économiquement et politiquement. C’est une femme toute simple, toute douce, mais attention, le regard de cette femme traduit la détermination.
Madame SARR est une femme aux multiples visages. Épouse et mère de 8 enfants (5 filles et 3 garçons), la vie de la plupart des femmes serait déjà bien remplie, mais pas pour Mme SARR. Native de RONKH, de parents agriculteurs, née dans un champ, elle se dit « Vraie paysanne » et fière de l’être.

Actuellement, elle est toujours productrice de riz, sur une parcelle de 10 hectares, et Présidente d’un GIE (Groupement d’Intérêt Économique) de femmes. Comme Présidente du GIE, elle a la responsabilité de la gestion d’une importante unité de transformation du riz dans son village.
Petite fille, elle a eu la chance d’être parmi les premières filles du village à aller à l’école primaire et au Lycée jusqu’en 3ème. Après la grève étudiante, en 1968, elle rentre au village par conviction, pour partager ses connaissances avec ses « sœurs ».
Un temps « femme au foyer », elle fait partie des membres fondateurs du Foyer des jeunes de RONKH qui contribuera plus tard à la naissance de l’Amicale Socio-Éducative, Sportive et Culturelle du WALO (ASESCAW), en 1976. L’ASESCAW existe toujours et elle en est toujours membre.
À partir de 1976, elle est de la création de la Fédération des Organisations Non-Gouvernementales du Sénégal, (FONGS), qui a permis la création du Conseil National de Concertation et de coopération des Ruraux (CNCR). Ce même CNCR est membre fondateur du Réseau des Organisations Paysannes d’Afrique (ROPPA).
En 1984, elle participe à la création du Foyer de la femme de RONKH et elle en prend la direction comme présidente (1984 à 1995). En 1992, membre active de l’ASESCAW, elle devient responsable du comité de la Promotion Féminine et, en 1995, elle devient Présidente de l’ASESCAW. Toujours en 1995, elle devient aussi Présidente Nationale de la FONGS, un poste qu’elle occupera jusqu’en l’an 2000, après avoir complété 2 mandats.
Puis, en 2002, arrive la Plateforme des Initiatives du Nord (PINORD) où elle participe aux formations qui y sont offertes. Elle approfondit les formations reçues antérieurement. Elle y développe le plan d’affaires pour l’unité de transformation tout en participant aux formations liées à la « chaîne de qualité » et à la production de semences.
En 2006, son GIE reçoit une subvention de l’État de 40 millions de Fcfa (+ ou – 85 000 $ canadiens) pour l’implantation d’une unité de transformation du riz dans son village. Malheureusement, lors de l’installation des équipements, des problèmes sont survenus et il a fallu utiliser les fonds prévus pour l’achat du paddy à être transformé pour terminer les installations. C’est ce qui explique que jusqu’à maintenant, l’unité a fonctionné à bas régime. En effet, le transformateur doit payer le producteur de riz dès la réception de la production (paddy). Comme c’est le GIE qui est propriétaire de l’unité de transformation et non elle, il lui est impossible d’accéder au crédit faute de garanties et, sans crédits, pas de riz (paddy) à transformer. Pour le moment, l’unité de transformation ne fonctionne que sous forme de prestataire de services pour les producteurs et les commerçants.
Cette unité a une capacité de 200 sacs de 80 kg de paddy par 8 quart de travail et elle fonctionne sur 2 quarts de 8 heures.
La qualité est assurée par la compétence de ses employés opérateurs de la rizerie.
Mme SARR a d’ailleurs remporté 2 prix comme productrice: « Meilleur riz » et « Meilleur rendement à l’hectare ».
Elle n’a aucun problème pour vendre le riz qu’elle transforme elle-même. La qualité de riz transformé fait sa publicité. Elle dit ne pas pouvoir répondre à la demande.
L’unité de transformation emploie présentement une vingtaine de personnes dont un gérant qui vient tout juste d’entrer en fonction et qui a pour mandat de faire fonctionner l’unité 11 mois sur 12, le 12ème mois étant réservé à l’entretien comme le spécifie le plan d’affaires original.
Pour y arriver, il dispose d’une équipe d’employés compétents: 1 technicien, 8 manœuvres par quart de 8 heures, 1 technicien de maintenance et 1 gardien. Il est prévu avec la relance de l’entreprise de recruter 1 responsable pour l’achat du paddy et 1 administrateur.
Afin de préserver la qualité du riz, l’aire de séchage sera transformée en un entrepôt de stockage. Le riz sera alors plutôt séché au soleil sur des bâches posées par terre puis transformé.
On comprend que l’entreprise est en mutation et que Mme SARR, tout en restant présente, mais à distance, se retirera graduellement des affaires de la rizerie. Ce ne sera toutefois pas pour s’arrêter tient-elle à préciser. Elle pense peut-être créer un GIE avec des femmes retraitées pour la production de poulets. Sinon, ce sera autre chose!
Des difficultés, on imagine facilement qu’elle en a connues beaucoup en près de 50 ans de vie active dédiée au développement social et économique de sa région mais ce n’est pas ce qui ressort de notre rencontre. Au contraire, nous avons affaire à une femme positive, souriante, calme et confiante en l’avenir.
Son mari, membre fondateur de l’ASESCAW, l’a toujours appuyée. Elle parle avec admiration de son complice de vie, qu’elle décrit comme un homme ouvert, un intellectuel, un créateur. Bannir les règles de la tradition où la femme reste confinée à la maison était important pour lui et l’est toujours. Il a créé lui aussi plusieurs organisations. Il a voulu la « libérer ». Pour lui, la femme ne devait pas compter sur son mari. Elle savait qu’il acceptait qu’elle assiste à toutes les réunions qu’elle voulait même en l’absence de son mari. Ce n’était pas le cas à l’époque et ce n’est toujours pas le cas pour bien des femmes encore aujourd’hui.
Mme SARR se retire, mais elle pense à la relève, aux jeunes et aux femmes en particulier. Pour les jeunes, elle parle de l’importance de les préparer, de les associer, de leur donner des responsabilités. Pour les femmes, elle témoigne de son expérience personnelle et leur rappelle qu’elles ne doivent pas être dépendantes de leur mari et que toutes doivent devenir « entrepreneures »!
Sur la photo: Monsieur Jean-Guy Hamel et Madame Ndèye Sarr.