Lorsque l’on entend Haïti, on se voit souvent refléter une société qui manque d’organisation et fait face à une certaine lenteur dans ses méthodes de travail. C’est une réalité à laquelle doit faire face un conseiller en développement organisationnel qui décide de relever ce genre de défi. À première vue, ça peut même paraître loufoque et utopique d’arriver en Haïti pour organiser le travail. Certains me diront, beaucoup plus facile nettoyer un plancher quand il est très poussiéreux, on est sûr de ne pas repasser au même endroit. À ce moment, j’entends ma mère me dire : « Tu n’as jamais lavé le plancher, cesse tes morales ». Une autre histoire, restons dans le sujet…

 

J’arrive en Haïti avec mes yeux d’occidentaux élevé dans le capitalisme et dans la rationalité organisationnelle qui, avouons le, a sa part de bons et mauvais côté. Encore là, un autre débat. Alors c’est là que je me demande, est ce que ces plis occidentaux, mes études universitaires ou encore mes récentes expériences de travail dans des entreprises privées sont vraiment utiles en Haïti ? Quel sens puis-je leur donner ? Je ne crois pas que sensibiliser mes amis haïtiens sur les principes de base du développement durable ou de l’amélioration continue soit si utile. Ne les perdons pas de vue, entendons nous. Par contre, je me suis rendu compte que tout ce bagage peut être significatif si je sais l’adapter à mes collègues haïtiens. Selon moi, c’est ma principale responsabilité. C’est pourquoi j’ai compris qu’il était nécessaire de les connaître en profondeur, laisser de côté mon discours universitaire et surtout palier, du mieux que je le peux, la légère barrière de langage (tous les Haïtiens parlent le créole comme leur première langue tandis qu’une minorité d’entre eux, soit 40 %, maîtrise couramment le français. Wikipédia).

 

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C’est à ce moment qu’on se rend compte que tous les apprentissages techniques, les concepts scientifiques à n’en plus finir et les diplômes deviennent un peu futiles si on ne sait les vulgariser et les adapter. Que toutes les richesses que tu as acquises dans tes expériences humaines passées refont surface. Tu prends conscience que peu importe où tu te retrouves sur le globe, il y a en tout moment un dénominateur commun qu’est l’humain. Et c’est là que pour t’adapter, tu t’appuis sur tes outils fondamentaux que sont le respect, l’amour, la sensibilité… Tu comprends qu’ils deviennent des points de repères essentiels peu importe où tu te trouves dans le monde. Parce que toutes les sociétés, dans toute la beauté de leur particularisme qui les composent, ont en commun ces valeurs qui font d’eux des femmes et des hommes intègres et authentiques.

 

Alors est-il difficile de travailler dans un mandat en apparence ardu qu’est l’organisation du travail avec un autre peuple ? À cela je répondrais qu’il devient aisé si seulement on souhaite travailler en symbiose avec ce qu’ils sont véritablement dans la compassion et la sensibilité.