Sortir du quotidien et vivre autre chose, voilà ce que j’entends souvent des personnes souhaitant voyager. J’avais aussi cette envie depuis un bon moment lorsque je me suis décidée à m’inscrire pour vivre une première expérience de coopération internationale. Auparavant, j’avais une idée tout autre de l’Afrique que celle que je connais aujourd’hui. Ce qu’on voit à la télé se résume à ce que j’avais en tête. Pauvreté et maladie, voilà tout! Une très bonne amie a vécu deux expériences de coopération et me faisait découvrir par ses récits un peuple qui se définit à bien plus que ces deux mots. Cette étincelle qu’elle avait dans les yeux en m’en parlant, j’avais aussi envie de l’avoir. Je me suis inscrite et j’ai été choisie (comme vous l’avez deviné!). Ma première réaction a été de crier de joie, ma deuxième, de me laisser envahir par une vague d’insécurité. Les mots «et si» me revenaient souvent dans la tête. Et si je tombais malade? Et s’il y a des insectes affreux? Et si je n’aime pas mon expérience? Une notion importante que nous avons apprise lors des formations pré-départ (et qui a été mise en pratique à plusieurs reprises sur le terrain) c’est le lâcher-prise. J’ai réalisé que parfois les choses qu’on ne peut changer finissent par nous changer, et ce pour le mieux. Dans mon cas l’Afrique m’a permis d’apprendre à vivre autrement. À vivre le temps au lieu de courir après le temps.

AndreanneGendron_3_ MaCourMa cour avec les femmes de la famille qui travaillent

Mon plus grand coup de cœur a été les gens que j’ai côtoyés. Le partage interculturel est la plus belle de toutes les richesses. La personne qui m’a le plus marquée est ma mère africaine, Rainata, que nous surnommions Mama. Au Burkina, lorsque nos parents nous donnent le même prénom qu’un ancêtre, on doit prendre un surnom. Nous entendions donc souvent les gens se faire appeler «Mama», «Papa» ou encore «Vieux père». Mama, c’est la personne qui me manquera toujours. Son humour, son énergie et sa prestance font d’elle une personne que j’aspire être. Elle m’appelait affectueusement sa « joliesse ». Dans les premiers temps, Shawn, mon collègue de stage, et moi avons dit à Mama que nous aimions danser. Nous lui avons demandé comment le mot se disait en Dioula, le dialecte local, elle nous a répondu donké. Presque chaque jour à partir de ce moment, elle disait « aye donké, aye donké, aye donké » en tapant dans ses mains pour nous voir danser dans la cour ainsi que tous les autres toubabous (les blancs) qui venaient nous rendre visite. La simplicité faisait partie de notre quotidien avec de longues discussions jusqu’à tard dans la nuit. Une conversation que nous avons eue me marquera pour toujours. Nous échangions beaucoup sur les différences et similitudes de nos cultures. Ce soir-là nous parlions des maladies dont les gens de nos pays mourraient. Je lui ai parlé du cancer. Elle ne savait pas ce que c’était. Elle m’a demandé : Qu’est-ce qui donne le cancer? N’étant pas une spécialiste du domaine je lui ai dit : Je ne sais pas trop… mais selon moi le stress y est pour beaucoup! Et elle de me répondre : C’est quoi ça le stress? À ce moment j’ai figé. Comment expliquer à quelqu’un qui n’a jamais vécu de stress ce que ça peut être? En fait, il est mieux de ne jamais savoir! J’ai réalisé que notre société était malade. Malade d’un mal qu’elle ne peut même pas expliquer. À ce moment, j’ai décidé d’amorcer un lâcher-prise à ma vie et de me rappeler cette conversation à toutes les fois où je vivrais du stress.
L’Afrique aura semé en moi l’une des nombreuses valeurs qu’elle porte si merveilleusement!

AndreanneGendron_1_DepartShawn, Ramata, moi, Cadie et Mama